Culture cash : les explications de Benjamin Mauviot, associé STREGO

Publié le 14-02-2018 11:02

La nécessité de développer une « culture cash » s’impose comme une véritable priorité, une forme de lame de fond qui doit amener les organisations à repenser et transversaliser leurs processus autour de leurs ressources financières.

 

Mais de quoi parle-t-on en réalité ? C’est quoi une « culture cash » et pourquoi vouloir la développer au sein des entreprises ? Le cash n’est-il pas uniquement l’affaire des services comptable ou de recouvrement ?

 

Interview de Benjamin Mauviot, associé STREGO Paris, par Talentia Software

 

Talentia Software : Comment définir la culture cash ? 

 

Benjamin Mauviot : « Lorsque l’on s’interroge sur ce que sont la culture cash et ses objectifs, il convient de scinder la réponse autour de quatre grands enjeux :

 

1. Donner de la visibilité aux dirigeants
Aujourd’hui, environ 25 % du nombre total de défaillances d’entreprises sont directement liés à des problématiques de trésorerie. Face à cette réalité, il est indispensable pour les dirigeants d’avoir une bonne visibilité sur leurs besoins et d’être en capacité d’identifier le point de non-retour – celui qui pourrait mener à la cessation de paiements tant redoutée –, afin de lancer toutes les actions nécessaires et d’anticiper ainsi les moyens de financer ses activités.

Il leur faut également connaître précisément la marge de manoeuvre dont dispose l’entreprise pour mobiliser du cash. Pas uniquement les comptes courants, mais également les placements, les lignes de crédits, les outils de financement bancaire ou autres… Sur lesquels elle a des autorisations ou des possibilités d’actions.

 

2. Engager en interne autour de la démarche

 

Diffuser la culture cash en interne est en effet un élément-clé pour optimiser son BFR.

 

Il faut mettre en place des processus pour que tout le monde soit mobilisé et prenne conscience, par exemple, que faire courir une ligne de crédit pour un client, c’est de l’argent qui pourrait être utilisé pour financer l’activité ou de futurs investissements.

 

3. Challenger les filiales et réduire les frais bancaires
Cela est vrai dans tous les cas, mais en particulier pour les filiales plus autonomes : les inciter à remonter le cash auprès de la maison mère avec des conventions de trésorerie séduisantes ou encore à le centraliser via les opérations de cash pooling permet à l’entreprise de trouver les moyens de financer ses investissements.

 

Cette remontée de cash permet de réduire les frais bancaires. Une illustration concrète : dans une même organisation, des filiales peuvent être bénéficiaires et d’autres déficitaires, mais personne ne communique. Il y a d’un côté des frais bancaires et de l’autre de l’argent sur des comptes qui ne rapportent rien. Sur des montants importants, on peut vite perdre 1 % voire plus par rapport aux volumes de transactions générés. On voit alors très vite l’intérêt d’optimiser ces frais bancaires au niveau global.

Réduire les frais bancaires, c’est aussi maîtriser le nombre de partenaires bancaires. Il convient d’avoir une logique, une stratégie claire sur les acteurs avec qui l’on travaille, ceux qui vont accompagner le développement international, qui vont porter la croissance du groupe.

La question que je pose souvent à mes clients est la suivante : « Est-ce que vous connaissez le montant de vos frais bancaires ? ». Dans 80 % des cas, la réponse est négative ou alors ils ne savent pas le décomposer. Les banques rendent les choses compliquer à analyser. Des outils existent pour suivre ces frais et les vérifier, c’est ce que nous proposons de mettre en place.

 

4. Écarter la fraude en optimisant le contrôle interne

 

Les fraudeurs rivalisent d’ingéniosité et cela a des conséquences directes et parfois catastrophiques sur la trésorerie de l’entreprise.

 

Un papier à en-tête de l’entreprise qui traîne peut être pris et utilisé pour signaler un changement de RIB et encaisser en lieu et place. Cette vigilance pratiquée à tous les niveaux de la chaîne de valeur de l’organisation est stratégique. Le cash, c’est le sang de l’organisation : elle meurt sans lui. Lorsque l’entreprise manque de cash et qu’elle ne maîtrise pas les risques de fraude, elle est en grande difficulté. Chacun doit en être conscient. »

 

 

Talentia Software : Prise de conscience ou réelle maturité autour de la culture cash ?

 

Benjamin Mauviot : « Pour les entreprises ayant du cash excédentaire, la culture cash est moins développée. Les taux de rémunération à court terme ne sont actuellement pas élevés. Faire des placements dans ce contexte, par rapport aux moyens à mettre en place, n’est pas le premier sujet de préoccupation des PME. Pour les entreprises en déficit de cash, la culture est plus forte. Tout dépend toutefois de comment la société se situe vis-à-vis de ses capacités à financer ses activités.

 

Dans les faits, une telle stratégie s’avère très peu déployée chez les clients que nous accompagnons. La tendance est davantage à la rationalisation de la fonction trésorerie pour gagner du temps, en mettant par exemple en place des virements avec signature électronique, en liant le processus trésorerie avec le processus comptable, etc… Les banques poussent d’ailleurs dans ce domaine. Elles souhaitent arrêter les chèques, les signatures par fax. Les entreprises qui ne changeront pas verront leurs frais bancaires exploser. Une autre des raisons à cette faible maturité tient certainement au contexte économique tendu. Beaucoup d’entreprises laissent couler les délais de paiement pour conserver de bonnes relations avec leurs clients, en particulier lorsqu’ils sont en difficulté, alors qu’elles pourraient exiger d’appliquer la loi sur les délais de paiement. Leur BFR n’est donc pas optimisé.

 

En conclusion, force est de constater que la culture cash reste encore majoritairement l’affaire des fonctions finances alors qu’elle devrait s’inscrire dans une perspective transversale et partagée. Encore une illustration de l’impérieuse nécessité d’expliquer et d’accompagner le changement. »


Partenariat STREGO et Talentia Software

 

Talentia Software est un acteur de référence dans le domaine des systèmes de gestion de la performance opérationnelle des entreprises. Leurs solutions de pilotage de la performance financière et de gestion du capital humain, innovantes, collaboratives et flexibles accompagnent au quotidien les entreprises dans leurs enjeux métiers d’une façon modulaire ou intégrée. L’offre de Talentia Software s’adresse à toute dimension d’entreprise PME, ETI et Grands Groupes et tout secteur d’activité. 

 

STREGO est partenaire de Talentia Software depuis 2006. Une équipe spécialisée accompagne les clients dans des missions d’implémentation de solution de consolidation, reporting et élaboration budgétaire tant en France qu’à l’étranger (Maroc, Suisse, Luxembourg, Côte d’Ivoire, UK, …) et de production de comptes consolidés en normes françaises ou en IFRS.